Pourquoi et comment sauvegarder ses données en entreprise ?

Sauvegarder ses données, c’est en garder des copies séparées et régulièrement vérifiées pour pouvoir repartir après une panne, une erreur, un vol ou une cyberattaque. Pour une PME, la méthode de référence est la règle 3-2-1, recommandée par l’ANSSI : trois copies des données, sur deux supports différents, dont une hors ligne. Cet article explique pourquoi la sauvegarde est vitale, comment appliquer cette règle, quel support choisir et pourquoi Microsoft 365 ne vous dispense pas de sauvegarder. Pour transformer ces principes en document de référence, consultez notre article sur le plan de sauvegarde informatique.
Pourquoi sauvegarder les données de votre entreprise ?
1. Repartir après un incident
Vos données renferment votre savoir-faire, vos documents comptables et administratifs, vos devis, vos fichiers clients et fournisseurs. Or les causes de perte sont nombreuses : panne de disque, vol d’un ordinateur portable, incendie ou dégât des eaux, erreur de manipulation (un dossier supprimé, un fichier écrasé). Sans copie, ce qui est perdu l’est définitivement, et l’activité s’arrête le temps de tout reconstituer, quand c’est possible.
2. Résister aux rançongiciels, qui visent aussi les sauvegardes
Un rançongiciel (ransomware) est un programme malveillant qui chiffre vos fichiers, c’est-à-dire les rend illisibles, puis réclame une rançon pour les débloquer. Les attaquants savent qu’une entreprise qui dispose de sauvegardes intactes a beaucoup moins de raisons de payer. Dans son guide Sauvegarde des systèmes d’information (version mise à jour le 27/11/2025), l’ANSSI souligne qu’il est fréquent qu’un attaquant tente de chiffrer, d’effacer ou de rendre indisponible l’infrastructure de sauvegarde, pour ralentir la reprise et augmenter ses chances d’être payé.
Conséquence très concrète : un disque dur resté branché en permanence, ou un NAS (serveur de stockage en réseau) accessible depuis tous les postes, peut être chiffré en même temps que le reste. Le dispositif national Cybermalveillance.gouv.fr recommande de ne pas payer la rançon : rien ne garantit la récupération des données. Une sauvegarde hors d’atteinte reste donc le seul moyen fiable de repartir.
3. Répondre à vos obligations
Le RGPD (article 32) demande aux entreprises qui traitent des données personnelles de prévoir des moyens permettant de rétablir la disponibilité de ces données et l’accès à celles-ci dans des délais appropriés en cas d’incident physique ou technique. Par ailleurs, les documents comptables et pièces justificatives doivent être conservés dix ans (article L123-22 du Code de commerce). Attention : la sauvegarde ne remplace pas l’archivage. Elle sert à restaurer rapidement un état récent ; l’archivage conserve des documents dans la durée, parfois avec une exigence de preuve.
La règle 3-2-1 : la base d’une bonne sauvegarde
La règle 3-2-1 est simple à retenir et s’applique à toutes les tailles d’entreprise :
- 3 copies des données : les données de travail et deux sauvegardes ;
- 2 supports différents : par exemple un NAS au bureau et un stockage externalisé, pour qu’une même panne ne touche pas les deux ;
- 1 copie hors ligne : déconnectée de votre réseau, donc inaccessible à un pirate. Dans sa version historique, la règle parle d’une copie « hors site », c’est-à-dire hors de vos locaux, ce qui protège aussi d’un incendie ou d’un cambriolage.
L’ANSSI juge indispensable une sauvegarde hors ligne, ou au moins hors site sous certaines conditions, même si elle est moins fréquente que les sauvegardes quotidiennes. Cybermalveillance.gouv.fr donne le même conseil dans sa fiche Pourquoi et comment bien gérer ses sauvegardes ? : déconnecter le support après usage et garder une copie dans un autre lieu.
Et la règle 3-2-1-1-0 ?
Plusieurs éditeurs de logiciels de sauvegarde proposent une version renforcée face aux rançongiciels, la règle 3-2-1-1-0 :
- +1 copie hors ligne ou immuable : une sauvegarde dite immuable (ou WORM, write once, read many) ne peut être ni modifiée ni supprimée pendant une durée fixée, même par un administrateur ;
- 0 erreur : chaque sauvegarde est vérifiée, et les tests de restauration se déroulent sans erreur.
Ce n’est pas une norme officielle, mais un bon objectif. L’ANSSI précise toutefois qu’une copie hors ligne reste plus robuste qu’une copie immuable en ligne, dont la solidité dépend de la technologie employée. Un compromis acceptable consiste à combiner des sauvegardes immuables fréquentes et une copie hors ligne moins fréquente.
Quel support choisir pour vos sauvegardes ?
Aucun support ne coche toutes les cases : c’est leur combinaison qui fait une bonne sauvegarde.
| Support | Atouts | Limites | Place dans la règle 3-2-1 |
|---|---|---|---|
| Disque dur externe | Simple, peu coûteux, hors ligne une fois débranché | Manuel, donc oublié ; risque de perte, de vol ou de panne | Copie hors ligne, avec deux disques en rotation dont un hors des locaux |
| NAS ou serveur de sauvegarde au bureau | Automatique, restauration rapide | Même lieu que les données ; exposé au rançongiciel s’il n’est pas isolé du réseau | Première copie, pour les restaurations du quotidien |
| Sauvegarde externalisée (data center, cloud) | Hors site, automatisée, copies immuables possibles | Restauration de gros volumes limitée par la connexion Internet ; localisation et chiffrement à vérifier | Copie hors site |
| Bande magnétique | Selon l’ANSSI, encore le moyen le plus efficace pour la sauvegarde hors ligne | Matériel et manipulations, réservé aux structures équipées de serveurs | Copie hors ligne |
Un point est souvent mal compris : la synchronisation n’est pas une sauvegarde. Un dossier OneDrive, Google Drive ou Dropbox recopie les modifications en temps réel, y compris une suppression par erreur ou des fichiers chiffrés par un rançongiciel. Une vraie sauvegarde conserve plusieurs versions dans le temps, sur un support séparé.
Microsoft 365 : vos données ne sont pas sauvegardées pour autant
Beaucoup de PME pensent que leurs mails et fichiers sont « sauvegardés chez Microsoft ». Microsoft assure la disponibilité de son service, mais la récupération de vos données après une erreur ou une attaque est limitée dans le temps :
- SharePoint et OneDrive : un fichier supprimé reste dans la corbeille 93 jours, puis disparaît ; si la corbeille est vidée, Microsoft ne conserve qu’une copie de 14 jours supplémentaires, restaurable via son support et uniquement pour un site entier (documentation Microsoft Learn) ;
- Restaurer votre OneDrive : cette fonction annule les modifications des 30 derniers jours, utile après un rançongiciel détecté rapidement ;
- Exchange Online (Outlook) : un mail supprimé définitivement est conservé 14 jours par défaut, 30 jours au maximum si l’administrateur l’a configuré.
Une suppression découverte trois mois plus tard, un compte piraté qui purge une boîte mail ou un départ de salarié mal géré peuvent donc entraîner une perte définitive. Pour aller au-delà, il faut une sauvegarde dédiée : soit l’option payante Microsoft 365 Backup, facturée à la consommation (0,15 dollar par Go protégé et par mois, prix catalogue indiqué par Microsoft en 2026), soit une solution tierce qui copie vos données Microsoft 365 hors de l’environnement Microsoft, plus conforme à l’esprit de la règle 3-2-1.
Tester la restauration : la seule preuve que la sauvegarde fonctionne
Une sauvegarde qui n’a jamais été restaurée est une promesse, pas une garantie : tâche en échec depuis des semaines, dossier oublié dans le périmètre, mot de passe de chiffrement introuvable… L’ANSSI et Cybermalveillance.gouv.fr recommandent de tester régulièrement les sauvegardes, en restaurant réellement des fichiers, une boîte mail ou un serveur. La fréquence de ces tests, les personnes responsables et la procédure à suivre ont leur place dans un plan de sauvegarde formalisé.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la règle de sauvegarde 3-2-1 ?
La règle 3-2-1 consiste à conserver trois copies de ses données (l’original et deux sauvegardes), sur deux supports différents, dont une copie hors ligne ou hors des locaux. L’ANSSI la recommande en précisant que la copie hors ligne est indispensable face aux rançongiciels. Sa variante 3-2-1-1-0 ajoute une copie hors ligne ou immuable et l’exigence de tests de restauration sans erreur.
OneDrive ou SharePoint, est-ce une sauvegarde ?
Non, ce sont des outils de stockage et de synchronisation. Ils répliquent aussi les suppressions et les fichiers chiffrés, et leurs possibilités de récupération sont limitées : 93 jours de corbeille pour SharePoint et OneDrive, 30 jours pour la fonction « Restaurer votre OneDrive ». Une sauvegarde dédiée de Microsoft 365 reste nécessaire.
Une sauvegarde suffit-elle face à un rançongiciel ?
Elle est indispensable, à condition d’être hors d’atteinte : les attaquants cherchent souvent à chiffrer ou effacer les sauvegardes avant de déclencher l’attaque. Une copie hors ligne ou immuable, testée régulièrement, permet de repartir sans payer. Elle ne dispense pas des autres protections : mises à jour, antivirus, double authentification et sensibilisation des équipes.
À quelle fréquence sauvegarder les données d’une PME ?
La fréquence dépend de la quantité de travail que vous acceptez de perdre : avec une sauvegarde quotidienne, un incident peut faire perdre jusqu’à une journée de données. Pour la plupart des PME, une sauvegarde au moins quotidienne des fichiers et des serveurs est un minimum raisonnable, complétée par une copie hors ligne hebdomadaire ou mensuelle. Ces choix se décident donnée par donnée dans le plan de sauvegarde.
Faites le point sur vos sauvegardes
Une sauvegarde efficace se construit avec méthode : identifier les données qui comptent, appliquer la règle 3-2-1, inclure Microsoft 365 et vérifier régulièrement que la restauration fonctionne. Si vous ne disposez pas de ces compétences en interne, un spécialiste peut s’en charger pour vous.
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